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5 façons de relancer le tourisme avec l’Open Data

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Alors que l’été s’installe peu à peu, la plupart des destinations commencent à rouvrir leurs frontières. Découvrez comment les solutions pilotées par les données peuvent accompagner la relance du secteur touristique en toute sécurité.

Agata C. Hidalgo
European Affairs Coordinator, France Digitale
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En France, le mois de mai est la meilleure période de l’année pour rêver de vacances au soleil : couples, familles et groupes d’amis profitent en effet des nombreux jours fériés pour passer de longs week-ends au bord de la mer ou à la campagne. Selon la Fédération nationale des organismes institutionnels de tourisme (ADN), 45 % des Français comptaient partir  en vacances en mai, contre 72 % en été.

Arrivées de touristes internationaux en 2020 et scénarios pour 2021 (UNWTO, 2021)

Le voyage reprend également dans d’autres régions. En effet, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) estime que l’afflux de touristes internationaux partout dans le monde retrouvera son niveau d’avant la pandémie d’ici fin 2021 ou début 2022. Les réservations d’hôtel sont déjà en hausse, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, qui ont enregistré deux fois plus de réservations que l’Europe et l’Asie-Pacifique et 1,5 fois plus que les Amériques en avril dernier.

Comment le secteur touristique peut-il tirer le meilleur parti de la reprise du voyage tout en assurant la sécurité des visiteurs ? Voici cinq idées alimentées par les données !

Pas facile de s’y retrouver parmi la multitude de règles imposées par chaque pays, à l’arrivée ou au retour ! Pour aider les voyageurs potentiels à choisir leur destination, vous pouvez inclure un lien vers un portail ouvert recensant toutes les restrictions liées aux voyages, voire intégrer les données directement à votre site Web ou votre application.

Plusieurs portails fournissent des informations et des graphiques librement accessibles sur les restrictions en matière de déplacements. Par exemple, la plateforme The Humanitarian Data Exchange, mise en place par l’ONU, présente une carte interactive qui indique les restrictions de voyage par pays et par compagnie aérienne. Mises à jour quotidiennement par le  Programme alimentaire mondial des Nations unies, les données peuvent être téléchargées et réutilisées au format CSV ou intégrées à l’aide d’une REST API ArcGIS.

Pour une alternative plus colorée, optez pour BringBackTravel, un portail qui affiche les restrictions de voyages touristiques non seulement au niveau global, mais aussi en fonction du pays d’origine et de destination. Le site s’appuie sur diverses sources de données, y compris les aéroports locaux, les ambassades américaines et l’Association du transport aérien international (IATA). Tous les jours, il publie des mises à jour sur la réouverture au tourisme. La carte interactive peut aussi être facilement intégrée aux sites Web et blogs à l’aide d’un code HTML.

Actuellement, le deuxième grand défi du secteur est d’éviter les rassemblements, à la fois pour prévenir les risques de contagion et pour minimiser l’impact négatif du tourisme de masse sur l’environnement, les communautés locales et les attractions. Or, les villes peuvent utiliser les solutions pilotées par les données pour encourager le tourisme tout en contrôlant les flux de visiteurs.

Ainsi, à Paris et Milan, certaines applications offrent une jauge d’affluence pour aider les touristes à éviter les queues et les foules en intérieur, assurant ainsi la sécurité sanitaire tout en améliorant l’expérience des visiteurs. Affluences, par exemple, permet aux touristes de suivre le taux d’occupation des musées, piscines et boutiques en temps réel, d’obtenir des prédictions sur les créneaux horaires suivants et de réserver des billets, tandis que CityMapper aide les voyageurs à trouver les wagons vides dans les transports en commun. Les données sur l’affluence sont fournies par les organisations partenaires, mais elles peuvent également être mises à disposition en data, comme l’ont fait les piscines de Strasbourg et le système de transport parisien.

Mais comment prédire et gérer les flux de touristes en extérieur ? Un groupe de chercheurs à Kyoto, au Japon, crée actuellement un système pour éviter les rassemblements pendant la saison de floraison des cerisiers, afin de permettre à la fois aux visiteurs et aux résidents de profiter de la ville. Pour cela, cet outil s’appuiera sur différentes sources de données de localisation, émises notamment par les fournisseurs de services mobiles, les capteurs Wi-Fi et Bluetooth, les applications touristiques et les réseaux sociaux.

Le bien-être des communautés locales est également au cœur de Tourism 4.0, une initiative de tourisme durable qui a mis au point un outil pour prévoir les flux de visiteurs en Slovénie. FLOWS utilise quant à lui les données anonymisées issues de diverses sources, y compris les points de contrôle de la circulation, les réseaux Wi-Fi publics, les vignettes et les registres des taxes de séjour. De plus, il offre une interopérabilité avec les systèmes de création d’itinéraires, de réservation et de gestion des revenus. La plateforme aidera les établissements touristiques à préparer la haute saison et redirigera les visiteurs vers des zones moins fréquentées.

La longue parenthèse que vient de traverser le secteur touristique nous a donné l’opportunité de repenser notre approche du tourisme. Grâce aux données, les établissements touristiques peuvent identifier les marchés et destinations inexploités afin de développer de nouveaux moyens de mesurer les performances.

Pacific Data Hub (PDH), le portail open data le plus complet de la région, fait partie des plateformes permettant ce type d’analyse. Le portail se distingue par sa superbe carte interactive, qui permet aux utilisateurs de visualiser et comparer la plupart des jeux de données, y compris ceux concernant les touristes et les excursionnistes. Grâce à cet outil, on découvre que les îles Fidji attirent plus de touristes que Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie qui, pour leur part, séduisent davantage les excursionnistes à la journée. Toutefois, Vanuatu compte moitié moins d’excursionnistes que la Nouvelle-Calédonie, malgré son impressionnante barrière de corail. Par conséquent, on peut supposer que Vanuatu dispose encore d’un potentiel inexploité et pourrait attirer plus de visiteurs, par exemple en mettant en valeur le projet Millenium Coral Reef.

Le PDH souligne une autre problématique : la plupart de ses statistiques sur le tourisme sont liées à l’impact environnemental et aux indicateurs sur les objectifs de développement durable. En effet, les îles du Pacifique sont particulièrement vulnérables au réchauffement climatique et aux catastrophes naturelles. Par conséquent, la santé des écosystèmes marins et terrestres est pour eux primordiale, non seulement pour leur beauté, mais aussi parce qu’ils assurent leur sécurité environnementale. En d’autres termes, la performance touristique dans le Pacifique est de plus en plus mesurée par sa durabilité. Ne devrions-nous pas y accorder la même importance ?

A l’heure où nos vies se déplacent en ligne et où le tourisme de masse perd du terrain, les visiteurs s’attendent désormais à bénéficier d’une expérience touristique personnalisée qu’ils peuvent gérer du bout des doigts. L’open data vous permet de promouvoir vos attractions et services, tout en offrant aux visiteurs des recommandations utiles sur les activités de loisir.

Souvenez-vous des suggestions de Kiki pour planifier des vacances en toute sécurité aux États-Unis à l’aide des données ouvertes des villes. La même chose est possible en Europe. Bruxelles, par exemple, a mis à disposition une carte en open data de ses peintures murales, pour permettre aux visiteurs de suivre le Parcours BD. De son côté, Poitiers a publié son premier agenda culturel 2021 afin que résidents et touristes ne ratent aucun événement. La région d’Île-de-France a également rejoint le mouvement open data en proposant des cartes interactives de ses jardins remarquables et de ses parcs naturels.

À présent, imaginez que toutes ces informations (itinéraires, événements, boutiques, sites touristiques, restaurants) soient réunies au seul et même endroit. C’est l’idée qui a donné naissance à DataTourisme, le portail open data touristique mis en place par le gouvernement français. DataTourisme centralise les données collectées par les autorités touristiques locales et régionales, uniformise les formats et met les informations librement à disposition pour favoriser leur réutilisation. Les producteurs de données gagnent en visibilité, tandis que les entreprises et les autorités publiques trouvent la possibilité d’intégrer des données de différents types et sources (les « Linked Open Data » ou données ouvertes liées) à des applications et des algorithmes.

Les systèmes de recommandation sont un parfait exemple de données ouvertes liées. Une étude récente a démontré que combiner l’emplacement d’un utilisateur avec des données ouvertes concernant les évaluations de TripAdvisor, les périodes de fermeture de la destination ou la circulation a considérablement amélioré la qualité et la précision des recommandations. Reste à présent à développer des algorithmes capables de gérer de multiples sources de données simultanément, comme les données météorologiques et multimédias.

Aucun de ces cas d’utilisation et innovations ne peut fonctionner sans l’implication des professionnels du tourisme. Comme toujours avec l’open data, il ne suffit pas de publier les informations : il faut, d’une part, former celles et ceux qui pourront les réutiliser, et d’autre part favoriser l’engagement d’une communauté d’explorateurs de données, de storytellers et de créateurs.

C’est pourquoi le Programme Interreg de l’Union européenne finance plusieurs initiatives de renforcement des données autour de l’open data. ODEON, par exemple, visait à améliorer la qualité et l’accessibilité de l’open data dans la région méditerranéenne en créant un portail de données unique ainsi qu’en organisant des ateliers, des sessions de développement d’entreprise et des rencontres entre les start-ups et les investisseurs dans sept pôles nationaux.

Une initiative du même type existe également pour la région des Alpes. Le projet DEAS a pour but de stimuler l’économie de données locale en créant un portail open data ainsi qu’une méthodologie et un référentiel. L’objectif est de favoriser la réutilisation des données ouvertes liées, en mettant plus particulièrement l’accent sur les cas d’utilisation liés au tourisme et à l’environnement.

Quelles que soient les estimations pour la période des vacances 2021, une chose est sûre : les données joueront un rôle clé dans la transition vers un tourisme plus sûr, plus personnalisé et plus durable.

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