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Entretien avec Stéphane Avronsart de SNCF Réseau

Partage de données privées Mobilité Témoignage

27 mars 2019

Lecture : 8 min

Lora

par

Lora

Nous nous sommes entretenus avec Stéphane Avronsart, Responsable du Pôle Qualité à la Direction Générale Industrielle et Ingénierie de SNCF Réseau, pour en savoir plus sur ce qui a poussé l’entreprise à lancer une initiative de partage de données en interne.

Nous nous sommes entretenus avec Stéphane Avronsart, Responsable du Pôle Qualité à la Direction Générale Industrielle et Ingénierie de SNCF Réseau, pour en savoir plus sur ce qui a poussé l’entreprise à lancer une initiative de partage de données en interne. SNCF Réseau est l’un des trois établissements du groupe SNCF. Il est propriétaire et gestionnaire d’infrastructure du réseau ferré national français. Son chiffre d’affaire annuel est de l’ordre de 6 Md€.

 

En quelques phrases, pouvez-vous rappeler à nos lecteurs le contexte dans lequel est née l’initiative du partage de la donnée à la Direction Générale Industrielle et Ingénierie.  

Bien sûr ! Notre direction d’ingénierie comprend 4 500 collaborateurs répartis sur tout le territoire national, focalisés sur la production annuelle d’environ 1 000 à 1 500 projets ferroviaires. Notre constat initial était qu’il y avait une réelle difficulté à obtenir des données d’entrée pour réaliser ces projets. Qu’entendons-nous par des “données d’entrée”?  Ce sont des éléments indispensables pour mener un projet ou réaliser une étude. Je vais vous donner un exemple en disant que si, chez vous, vous voulez refaire une pièce de la maison, vos données d’entrée seront a minima les dimensions de la pièce et la constitution des murs pour savoir ce que vous allez devoir entreprendre comme travaux. Pour une étude ferroviaire c’est exactement pareil, sauf que les données à collecter sont un peu nombreuses et complexes. Le principe est le même: on a besoin d’éléments du terrain pour ensuite pouvoir entamer le projet. Il s’agit par exemple de données topographiques, de sondages du sous-sol, de diagnostiques amiantes dans les bâtiments, etc. Ce qu’on a constaté c’est qu’on pouvait avoir plusieurs projets sur la même zone géographique (par exemple, sur la même gare) dont les équipes avaient besoin des mêmes données d’entrée. Comme ces deux projets représentent souvent des métiers différents au sein de notre entreprise, les équipes faisaient l’acquisition des données séparément sans forcément savoir que leurs collègues travaillaient sur le même sujet. De plus, ces équipes peuvent être localisées sur des sites géographiquement éloignés. Il y avait donc une très faible capitalisation des données et peu de partage au sein de notre entreprise. L’enjeu principal était de remédier à cette situation en permettant la mise en visibilité de nos données et en offrant la capacité aux acteurs de se connecter entre eux et de s’échanger les données d’entrée. De plus, nous savions que cela nous permettrait de réduire nos coûts internes et de fiabiliser les délais.

La mise en œuvre de ce projet a certainement nécessité une longue réflexion en amont.

Effectivement – mon rôle de directeur qualité est de mettre des outils et des méthodes à disposition des équipes. Pour cela j’ai constitué un groupe de travail pour m’appuyer sur les utilisateurs et bien comprendre leurs besoins. En constituant ce groupe, j’ai essayé de respecter la diversité professionnelle et géographique de notre structure. J’y ai convié des spécialistes en charge de divers projets, de la maintenance, des systèmes d’information (SI), mais aussi de l’organisation interne, tout en choisissant des représentants de nos différents bureaux sur le territoire national.  Ensemble, nous avons réussi à spécifier le besoin et à répondre à des questions assez complexes en termes de droits d’accès aux données, de confidentialité, de la maîtrise de la mise à jour et de la validité de la donnée.

Avez-vous dû faire un travail important en termes d’acculturation à la donnée au sein de vos équipes?

Nous avons dû faire un très gros travail, qui continue encore trois ans après, pour faire connaître cette plateforme et inciter les équipes à fournir des métadonnées et à les mettre sur la plateforme. Selon moi, ce qui a vraiment fait la différence, c’est le retour sur investissement que représente la plateforme pour chaque utilisateur. On ne leur demande pas de partager des données seulement par devoir ou pour répondre aux besoins de l’entreprise. On leur propose d’échanger des données avec leurs collègues pour que chacun puisse profiter de cette base de données. Ils bénéficient en échange des données de leurs collègues. Ce retour sur investissement à l’échelle individuelle représente une réelle incitation pour chaque employé.

En parlant de retour sur investissement, auriez-vous quelques chiffres à nous partager pour témoigner de l’efficacité de cette initiative?

On commence à en avoir ! Depuis le départ, je savais que l’évaluation du projet allait être difficile car en ouvrant la plateforme à tous, je n’ai pas le pouvoir d’analyser, par exemple, le nombre de comptes créés. Par contre, on peut analyser le nombre de connexions à la plateforme et, elles ne font que progresser !

Plus concrètement, depuis trois ans, nous avons récolté 280 000 métadonnées sur la plateforme donc on a beaucoup de matière qui a été mise en ligne. Et puis, je commence à avoir quelques retours chiffrés d’usage. L’un de nos groupes métier s’occupe de la voie ferrée – La voie représente la base des autres métiers car si vous voulez implanter un poteau le long d’une voie, vous allez avoir besoin de savoir où se situe cette voie et vous devrez faire appel au groupe métier qui s’occupe des voies ferrées. Le groupe est en conséquence souvent sollicité pour fournir des plans. Quand le groupe a découvert “VIP data”, il nous a livré, dans un format compatible avec la plateforme, l’ensemble des plans dont il disposait et on les a mis en disponibilité. Par conséquent, le groupe ne répond plus aux sollicitations de fourniture de plans tant que les gens ne sont pas passés par la plateforme et qu’ils savent exactement ce dont ils ont besoin. Ce groupe en question a estimé que la plateforme de visualisation leur fait gagner quatre heures pour chaque demande, soit un volume estimé de 400 heures par an.

Finalement, dans le cadre de la mise en place du projet de partage des données, nous avons essayé d’estimer les enjeux. On a regardé quelle était la part du budget prévu à la collecte de données d’entrée en s’appuyant sur des projets comme celui du Charles-De-Gaulle Express, ou Est Ouest Liaison Express (EOLE). Le projet CDG Express prévoit la construction d’une voie ferrée entre l’aéroport CDG et la gare de l’Est et qui devrait être mis en place pour 2024. Sur la base de ces budgets, et en prenant une hypothèse raisonnable de pourcentage de réutilisation d’une partie de ces données d’entrées, on en est arrivés à une estimation d’économie annuelle d’une dizaine de millions d’euros. C’est un retour financier sur investissement très intéressant. A cela s’ajoute un gain sur une meilleure maîtrise des délais !

Combien d’utilisateurs utilisent la plateforme de visualisation des données au quotidien?

La plateforme est ouverte à tous les employés SNCF Réseau et nous sommes 57 000 salariés. Évidemment, tout le monde n’utilise pas la plateforme car tous les métiers ne sont pas concernés. Elle est essentiellement à l’usage de la direction de l’ingénierie et là on est 4 500 employés. Si on resserre ce chiffre sur les équipes projets et études, cela représente 3 500 à 4 000 utilisateurs.

Comment voyez-vous évoluer le partage de données au sein de vos équipes?

On est en plein dans le sujet ! J’ai porté ce projet en tant que directeur qualité et méthode. Une fois que l’outil est en place, ce n’est pas la finalité d’une direction méthode de continuer à le faire vivre. Notre rôle est d’identifier un besoin et de travailler avec les utilisateurs pour trouver une solution adéquate. L’année 2019 sera une année de “migration” pour ce projet de partage de données en interne. Il sera transféré vers une instance dont le cœur de métier est de maintenir en condition opérationnelle de tels produits. La Direction des Systèmes d’Information (DSI) souhaite reprendre ce projet et l’industrialiser. Il y a une volonté de développer un équivalent avec une gestion des droits et de la gouvernance des données. Ce serait une excellente solution pour continuer à développer cette initiative !

Que diriez-vous à un autre acteur de votre industrie qui aurait envie de se lancer dans un projet de partage de données mais ne serait pas tout à fait convaincu de ses bénéfices?

Je lui parlerais surtout du retour d’utilisateur. Un tel projet a une réelle plus-value s’il répond à des besoins concrets de votre entreprise. Le retour utilisateur démontre que votre projet est complètement pertinent car il permet à vos équipes de faire ce qu’ils ne pouvaient pas faire par eux-mêmes. De notre côté, nous avons apporté une réponse aux utilisateurs qui réclamaient un moyen de visualiser sur une carte les données géolocalisées en leur possession. Pour cela, ils développaient des applications locales ou créaient des visualisations de leurs projets sur google maps. Avec notre plateforme de partage de données, nous leur avons apporté un “google maps” personnalisé et confidentiel. Si vous êtes à l’écoute de vos équipes et de leurs besoins, vous trouverez probablement une dynamique similaire et, peut-être, que le partage des données pourra répondre à ces besoins !

Pourquoi avez-vous choisi Opendatasoft comme partenaire?

Nos équipes avaient demandé que la plateforme des données possède une représentation cartographique. Grâce à la DSI, nous avons creusé en interne pour essayer de trouver une solution adéquate. Souvent ces solutions existantes reposaient sur la technologie SIG (Système d’information géographique) et ne répondaient pas exactement à nos besoins. J’ai donc commencé à chercher une solution en externe. J’ai été introduit à Opendatasoft par la SNCF elle-même qui l’avait choisi pour son projet open data. En fait, la direction communication en charge du digital avait l’obligation de publier les données mais, justement, elle n’avait pas forcément accès à ces données internes et m’a donc sollicité. Et puis, bien sûr, Opendatasoft répondait exactement aux besoins de notre projet avec ses outils de visualisation de la donnée ainsi que la facilité d’usage offerte avec la plateforme.

Auriez-vous un dernier mot à ajouter sur la collaboration avec Opendatasoft?

La force d’Opendatasoft repose sur la réactivité de vos équipes. La plupart des entreprises nous proposaient un accompagnement dans la maîtrise d’ouvrage, mais pas une solution sur étagère. Vous aviez non seulement déjà une solution existante mais, en plus, vos équipes ont été particulièrement dynamiques et réactives. On vous a fait une demande de processeurs pour nos points kilométriques et vous nous avez mis cela en place après seulement quelques jours. Et puis, finalement, vous avez toujours répondu présents, dès que l’on avait besoin d’une présentation, démonstration, ou d’un soutien technique pour mieux comprendre et s’approprier votre produit.

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